Mes branchies ses poumons

Lecture performée, 15 min au Sample pour le Sturmfrei festival 
Lecture pour le Centre Wallonie Bruxelles sur Radio fractale 

Fin 2024 j’écrivais un texte dans un futur proche sur des humain.es qui tentent par tous les moyens de devenir sirènes, pour survivre aux marrées et aux inondations que causent leurs larmes. Quelques jours après je retrouvais une histoire écrite quand j’avais 10 ans, « Alice l’orpheline », qui se transforme en sirène après avoir tellement pleuré la perte de ses parents qu’elle est emportée par un raz de marée. Il y avait aussi le poème du secret véritable quelques années encore avant, qui décrit comment devenir une sirène.

Le texte rassemble ces récits d’écriture, traverse le passé, le présent et le futur des écailles ou de la peau, raconte les désirs lesbiens d’avant et de maintenant, parle de ce que je veux lire aujourd’hui.

là-bas, tout en haut ou tout au fond, 

plus grand que la ville, le royaume de celles qui

n’ont pas eu le choix que de sortir de terre pour vivre en l’air

ou

de quitter la terre pour finir dans l’eau, 

et

s’il n’y a plus de demain elles seront heureuses 

que les jours se ressemblent,

toujours la nuit devenues le phare des abîmes, 

elles ne guident plus les navires mais envoient des codes, 

et

à l’abordage des tempêtes,

ça clignote, elles ne parlent pas morse,

elles imitent juste les lumières stroboscopiques

les chants plus fort que les cris,

elles transforment les cordes vocales

chez elles plus de bpm qu’à la surface,

et

plus de décibels dans l’eau

et

elles deviennent ruisseau rivière torrent

et

elles se déversent encore et encore

pour que la liquidité du monde ne tarisse jamais

et

même si les arbres brûlent

et 

si la glace fond

et 

si les terres se noient

si elles sont là

et

si elles continuent à briller dans la nuit

alors 

elles fertiliseront les océans

elles engendreront les bêtes

elles arroseront les déserts

et

elles ont toujours été là, 

dans ma vie,

dans mes histoires,

et 

surtout dans mes désirs,

pour toujours, 

les sirènes continueront à chanter la nuit quand il n’y aura plus de bruit à la surface

Extrait du texte

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